Pollution lumineuse : Elle empêche l’air de se purifier

26 avr

Article de Science & Vie n°1122 de mars 2011, par B.B.

L’éclairage artificiel des villes détruit les molécules qui purifient l’air, présentes la nuit dans l’atmosphère. Pis, il les transforme : elles deviendront, de jour, des agents polluants !

Pour lutter contre la pollution atmosphérique le jour, réduisons l’éclairage des villes la nuit. Ce pourrait être la leçon à tirer des travaux menés à Los Angeles par Harald Stark. Ce chimiste de la National Oceanic and Atmospheric Administration a découvert que la lumière des lampadaires détruisait des composés chimiques nécessaires au nettoyage naturel de l’atmosphère

Impact sur le taux d’ozone

Les victimes de notre phobie du noir ? Les radicaux nitrates. Ces oxydes d’azote neutralisent les composés organiques volatils (COV), vaste famille de polluants en grande partie issus de l’activité humaine. Par leur action épuratrice, les radicaux nitrates sont l’équivalent nocturne des radicaux hydroxyles, ces « détergents de l’atmosphère ».

« Les radicaux hydroxyles ne sont présents que le jour ; la nuit, ce sont les radicaux nitrates qui prennent le relais, explique Harald Stark. On savait que ces radicaux étaient détruits par la lumière du Soleil, mais pas que la lumière artificielle avait aussi un effet sur eux. »

Pour le mesurer, Harald Stark a silloné le ciel de Los Angeles en avion et estimé précisément l’intensité de l’éclairage nocturne. Résultat ? « Les lumières au-dessus de Los Angeles sont certes 10000 fois plus faibles que la lumière du soleil, mais 25 fois plus fortes que celle de la pleine lune, détaille le chercheur. D’après nos calculs, elles détruisent jusqu’à 5% des radicaux nitrates. » Réduisant d’autant les performances de ce purificateur d’air. Surtout qu’elles le transforment en plus en dioxyde d’azote, un gaz précurseur de l’ozone [troposphérique], célèbre polluant urbain. « L’éclairage nocturne provoque une production un peu plus importante d’ozone », poursuit le chercheur.

La quantification n’est pas aisée, mais cette contribution serait de l’ordre de 7%. Un impact suffisant pour expliquer certains dépassements du seuil fixé de pollution à l’ozone. Une des solutions déjà prônées consiste à privilégier les lampadaires qui n’éclairent que vers le sol. Autre piste, mais plus difficile à appliquer : passer à un éclairage public… rouge. C’est la seule lumière qui ne possède pas assez d’énergie pour détruire les radicaux nitrates. On savait déjà que la pollution lumineuse gênait l’observation du ciel, perturbait flore et faune et représentait un gaspillage énergétique (voir S&V n°1098, p.76). Voici qu’elle affecte aussi la capacité de l’air à s’auto-nettoyer. Un effet indésirable de plus…

Elle favorise également le paludisme

La propagation du paludisme, de la leishmaniose et de la maladie de Chagas serait favorisée par l’électrification des campagnes dans les pays tropicaux. Selon Alessandro Barghini, de l’université de São Paulo (Brésil), les insectes vecteurs de ces maladies sont attirés par la lumière artificielle quand, dans le même temps, l’éclairage nocturne modifie les habitudes : les populations passent plus de temps dehors, notamment en début de soirée, lorsque ces insectes sont très actifs, ce qui multiplie les risques de contagion.

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