Le gaspillage alimentaire, le symbole d’une société à changer

22 fév

Bonjour à tous !

Voici un sujet que j’avais envie d’aborder depuis longtemps, après avoir vu de nombreux articles sur ce sujet et sur le constat que je peux faire, sur les différents lieux de restauration où je vais. La conclusion n’étonnera personne : nous gaspillons plus de la moitié de la nourriture produite sur Terre mais pas de la même façon selon la géographie – dans la production dans les pays pauvres et émergents et durant la consommation dans les pays développés.

Avant d’aborder le sujet en tant que tel, je voudrais vous faire part de mon sentiment sur ce problème qui, malgré sa mise en lumière ces derniers temps, a été très longtemps négligé par les différents gouvernements et pouvoirs locaux. Le gaspillage ou plutôt gâchis alimentaire, car je trouve que le premier terme est un euphémisme, est le symbole d’une société opulente et non receptive aux conséquences désastreuses sur l’environnement et sur l’être humain même, quand on voit que plus de 80 pays encore subissent des famines actuellement.

Dans un article, écrit il y a bien longtemps déjà, je remerciais mes parents de tout ce qu’ils faisaient pour m’aider dans la vie de tous les jours, que ce soit pour mes actions de nettoyage ou généralement, et de tout ce qu’ils m’avaient appris. Nous avons toujours vécu avec peu de moyens, entre 4 enfants et un seul parent qui travaillait, il fallait faire les moyens du bord et la nourriture était le domaine où le gâchis n’était pas de mise.

Ce n’est qu’aujourd’hui que la notion de gaspillage est comprise par la majorité de la population (et encore !). Chez nous, cela fait bien longtemps que nous récupérons les restes pour les cuisiner plus tard. Ce midi, par exemple, nous avons fait avec le reste de purée préparé la veille une bonne purée au four qui a accompagné un bon rôti de porc. Miam. Combien de fois des pâtes cuites se transformèrent en gratins ? Combien de fois de la purée et de la langue de boeuf, agrémenté de tomates un peu molles, devinrent du hachis parmentier ? Je pourrais ainsi continuer d’énumérer des plats qui ont été faits par ce procédé. Et çà représente pas mal de kilogrammes de nourriture sauvée de l’incinération ou de la mise à la charge, qui sont des solutions totalement inadéquates, comme je le dis souvent dans mes articles.

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Un geste que nous voyons encore trop souvent ! (crédit Huffington post)

Dans l’article sur la biométhanisation, je donnais déjà des chiffres sur le gaspillage alimentaire. D’après France Nature Environnement, nous gaspillerions près de 20 kg de déchets alimentaires par habitant et par an et sur ceux-ci, 7 kilogrammes de déchets non consommés et non déballés (1). Le site du gouvernement français dédié à ce sujet considère qu’entre 20 et 30 kg de nourriture partiraient à la poubelle, ce qui représenterait une perte financière de 400 à 500 € par an (2). Nous oublions très souvent l’impact financier de nos abus, car ce sont des achats en pure perte, Combien de choses aurions nous pu acheter ou faire avec cet argent ? Des tas et des tas. Coin très connu de nos chers étudiants, le restaurant universitaire voit 135 g de nourriture par personne partir à la poubelle, notamment le pain, où un tiers n’est même pas entamé (3). Dans tous les lieux, le constat est le même : trop de nourriture disparaît dans nos sacs plastiques noirs !

Cet état des lieux n’est pas seulement cantonné à la France. D’autres pays ont remarqué ce drame bien avant nous. En Belgique, l’Etat a évalué à plus de 1,5 milliards d’euros, l’impact financier du gaspillage alimentaire sur le budget national (4). Ce résultat prend en compte les pertes tout au long de la chaîne de production et de consommation : culture, consignation, transport, stockage et achat. Il y a des pertes dans toute la chaîne, notamment au départ, entre les aliments déjà pourris ou endommagés et ceux qui ne correspondent pas aux critères de sélection des magasins. Autre conséquence de la société de consommation – ne me considérez pas comme un anarchiste qui veut péter le système, je ne veux juste que les choses s’améliorent ou soient optimisées. En 2013, la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et Agriculture) considérait que 1,3 milliard de tonnes de nourriture, représentant 1/3 de la nourriture produit mondialement, sont gaspillés chaque année – soit un coût direct au producteur et au consommateur de plus de 750 milliards de dollars (670 milliards d’euros au dernier cours) (5). Entre rejets inutiles de gaz à effet de serre, de produits phytosanitaires et surtout d’utilisation abusive d’eau, où des pays sont dans une crise aquatique, comme pour les Etats-Unis qui génèrent des pertes équivalentes à 50 milliards de dollars par an et consommant près 40 000 milliards de litre d’eau, soit la consommation nécessaire pour 500 millions de personnes – le 1/14e de la population mondiale (6).

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Affiche de lutte contre le gaspillage alimentaire par le Ministère de l’Agriculture (crédit http://www.gaspillagealimentaire.fr/)

Certes, des initiatives se mettent en place partout, suivant le mouvement Zero Waste, qui rassemble maintenant plusieurs associations nationales européennes. Les restaurants universitaires commencent à prendre conscience du problème et sont dans la phase projet de réduction des déhcets, par l’intermédiaire d’un concours initié avec des associations comme Zéro Gâchis (7). Les ménages commencent à changer leurs habitudes en achetant le nécessaire et en accomodant les restes, avec un potentiel de progression énorme. Certaines enseignes proposent d’acheter des légumes dits « moches » car ils ne correspondent pas aux critères prévalant dans le commerce. L’initiative proposée par Arash Derambash est louable car elle permettrait d’améliorer le quotidien de plusieurs centaines de personnes dans une situation précaire, en délivrant les invendus des magasins sans passer par un circuit du froid, qui est un frein à la récupération des denrées alimentaires (8). Il faudrait développer les doggy bag, ces fameuses petites boîtes pour emporter le surplus de nos assiettes chez nous lorsque nous allons au restaurant. Je ne peux les citer tous mais des actions sont en cours de réalisation.

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Malgré cela, je suis sceptique sur la durée. Les consciences changent, le contexte de la crise en est le terreau, les gens font (un peu) plus attention, mais je crains que cela devienne comme une mode, et qui dit mode dit temporaire. Quand la crise finira, est-ce que nous garderons cette habitude de faire attention à ce que l’on jette ou allons revenir dans une idée fausse d’un monde opulent aux ressources infinies ? Cela peut être due à mon pessimisme permanent mais des exemples concrets peuvent argumenter dans ce sens. Premièrement, le peu d’intérêt exprimée notamment par le pouvoir politique sur ce sujet où aucun article traitant dessus n’est apparu, sur l’encart dédié au gaspillage alimentaire du site officiel du ministère de l’Agriculture, depuis le 21 octobre 2014, soit 5 jours après la journée officielle contre le gaspillage alimentaire – le 16 octobre, jour de mon anniversaire (entre la mort de Marie-Antoinette et cette journée contre le gâchis, je suis verni) (9). Ceci dit, en passant, est-il nécessaire de dédier une seule journée à ce problème, ce qui est vraiment idiot comme pour toutes les journées dédiées à un geste ou un fléau en particulier.  Deuxièmement, je ne crains que certains profitent de traiter ce problème pour en bénéficier des retombées plus tard, voilà pourquoi je considère l’initiative d’Arash Derambash comme louable mais pas plus car j’ai des doutes sur ses intentions à Courbevoie. Il faut se méfier des belles promesses, avoir un peu de recul ne fait pas de mal et voir comment cela se dégoupille dans le futur permettra de réviser mon jugement ou non. Enfin, troisièmement, il faudrait que TOUS les acteurs se mettent à réduire d’au moins 50% ces pertes dans la chaîne de production alimentaire mais, dans ce contexte de crise, le gaspillage est considéré comme la cinquième roue du carosse. Si seulement une partie de la chaîne s’y mettait, le problème serait encore loin d’être résolu.

En résumé, le gaspillage alimentaire est un fléau qu’il faut combattre car il contribue à la faim dans le monde et au manque d’eau potable sur la planète, la consommation inutile de cette denrée pour voir 1/3 de la production de denrées alimentaires partir directement à la poubelle. Des initiatives commencent à être mis en place dans tous les pays mais le travail sera encore long, notamment en raison du peu d’intérêt porté par les organismes politiques.

Merci de m’avoir lu  !

(1) http://www.planetoscope.com/fruits-legumes/1257-le-gaspillage-alimentaire-en-france.html

(2) http://alimentation.gouv.fr/gaspillage-alimentaire-campagne

(3) http://www.lachaineducoeur.fr/edition/actu/voir/les-resto-universitaires-en-croisade-contre-le-gaspillage-alimentaire-2505

(4) http://www.copidec.be/Gaspillage-Alimentaire.pdf

(5) http://www.actu-environnement.com/dit-aujourdhui/285.html

(6) http://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport_siwi_gaspillage_alimentaire_eau_5574.php4

(7) http://www.lachaineducoeur.fr/edition/actu/voir/les-resto-universitaires-en-croisade-contre-le-gaspillage-alimentaire-2505

(8) https://www.change.org/p/stop-au-g%C3%A2chisalimentaire-en-france

(9) http://alimentation.gouv.fr/gaspillage-alimentaire-campagne

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