Les « déchets » vestimentaires, une source méconnue d’applications durables

17 mar

Bonjour à tous !

Nos vêtements, nos chers vêtements. Ils restent parfois des années dans nos tiroirs, parfois peu de temps, à cause de tâches indélébiles ou d’autres aléas de la vie ou encore à cause de la mode qui change tellement souvent. Ils sont la représentation de notre vision de soi et de nos goûts généraux, quelquefois douteux. Mais lorsqu’ils arrivent au terme de leur existence ou lorsque notre attachement envers eux se termine, que deviennent alors ces « déchets » vestimentaires ?

Première réponse : la poubelle noire. La réponse la plus facile mais la moins durable. Prenant le chemin de l’enfouissement, elle mettra des dizaines voire des centaines d’années, dans le cas des fibres synthétiques – dérivées de polymères plastiques et donc issus du pétrole. L’idée de l’incinération n’est guère mieux car, comme je le disais juste avant, les vêtements actuels sont en majorité faits à partir de fibres artificielles issus de l’or noir ; la combustion de ces dernières vont donner naissance à deux gaz à effet de serre (GES) : le dioxyde de carbone et la vapeur d’eau.

Deuxième solution : le don et le troc. Qui n’a jamais donné à un membre de sa famille des vêtements ? Je le fais régulièrement et au moins les habits ont une deuxième vie, une vie de vieil accoutrement pour aller couper du bois ou jardiner. Dans une société de consommation comme la nôtre, où la mode et l’extérieur sont évalués en premier lieu chez l’autre pour plein de personnes, idées véhiculées par les médias, les magazines masculins et féminins, les réseaux sociaux et bien sûr les publicités qui ont envahies tous ces lieux et même notre vie de tous les jours.

Mais est-ce que nous vivions mieux habillés à la dernière mode ? Quel intérêt avons-nous de porter des vêtements chers et « soi-disant » stylés, dont nous nous passerons quelque temps après ? Tout simplement : AUCUN ! Je connaissais quelqu’un à qui il ne fallait pas dire d’où venait les vêtements que nous offrions à ses enfants et dont une majorité provenait d’Emmaüs, car il considérait que tout habit provenant d’Emmaüs ou d’une friperie était dégoûtant et c’était honteux de le porter en public ! De plus, ce n’est pas le seul à penser comme çà, malheureusement.

Au lieu d’encombrer votre poubelle de vêtements qui peuvent être portés encore (surtout lorsque l’on sait que la mode n’est qu’un éternel recommencement), donnez les à vos proches en premier lieu et si ce n’est pas possible, de nombreuses associations et de friperies ( se feront une joie de récupérer vos affaires et sauront donc les valoriser, proposant ainsi une solution au développement durable.

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Tas de vêtements immenses pour une association (Crédit Photo : Boltanski)

Mais que faire lorsque les vêtements sont usagés ? 

Les trous dans les vêtements, la chemise arrachée à cause d’un clou ou tout autre problème du genre, et c’est le drame pour les habits. Mais ce n’est pas fini pour eux, ne vous inquiétez. Vous pouvez les transformer en chiffons, serviettes pour nettoyer ou en faire des habits pour épouvantails très stylés, tout à fait adaptés pour un défilé statique dans le jardin.

Il existe aussi des idées très originales et même très étonnantes pour certaines.

Le Relais, association issue d’Emmaüs, ramasse les vêtements pour les redistribuer aux personnes à la situation financière et de logement précaires. Mais depuis quelques années, elle remarque que la qualité des vêtements baissait, diminuant ainsi la possibilité de les donner et même de les recycler, ces habits ne répondant plus aux « exigences » de mode et de possibilité d’habillement souhaités. Le département Recherche et Développement de l’association a ainsi chercher à valoriser ces déchets, qui seraient partis dans les filières classiques d’incinération et d’enfouissement, et après quelques essais, l’isolant Métisse® a pu sortir des chaînes d’une entreprise partenaire du Relais (1).

Utilisant en majorité les vêtements en coton, l’isolant Métisse® est à la fois thermique et acoustique, lancé en 2007. L’intérêt de ce « matériau » réside dans le facteur durable car il répond aux différents critères qui définissent le développement durable, comme le considère le Sommet de la Terre de Rio en 1992 :

  • justice sociale et solidaire : création d’emplois durables ;
  • préservation de l’environnement : faible empreinte écologique avec un maximum de valorisation des fibres de 100% ;
  • progrès économique : isolation durable (utilisation depuis des années dans l’industrie automobile) et performance phonique/thermique intéressant.

Un autre domaine bien connu du développement durable peut être source d’un développement de la valorisation des déchets vestimentaires, les biocarburants.

Oui, les vêtements peuvent répondre à la demande croissante des biocarburants dans notre société, car il y a un défaut majeur dans ces alternatives au pétrole : elles rentrent en compétition avec les ressources alimentaires en terme de plantations et de superficies cultivables, et génère ainsi une déforestation afin de récupérer le terrain perdu et une augmentation des prix, développant crise alimentaire pour la population et crise sociale pour les petits agriculteurs (avec les fluctuations du marché). L’exemple-type de ce problème fut la brusque grimpée du prix du maïs au Mexique, avec le développement du bioéthanol dérivé du maïs aux Etats-Unis, ordonné par George W. Bush pour moins dépendre du pétrole (avant que la chasse au gaz de schiste ne prenne le relais) ; une crise alimentaire s’amorça car les personnes les plus pauvres ne pouvaient plus payer la farine de maïs servant à faire à faire les tacos et les tortillas, qui s’enchaîna par une crise sociale où des émeutes se créèrent pour ordonner au gouvernement de l’époque d’enrayer cette élévation des cours, où des importations massives provenant… des Etats-Unis (!) purent resoudre durant un temps la crise (2).

Donc, des alternatives aux ressources alimentaires sont en cours de recherche et certaines commencent à se développer à l’échelle industrielle. Les deux exemples qui vont suivre montrent les possibilités multiples provenant de l’industrie de l’habillement et qui sont, de mon point de vue, de futures voies de développement économique au niveau local.

Coton : Le premier de ces exemples est une solution pour les vêtements en coton, comme pour le Relais. Le coton étant un élément organique, une plante, il est possible d’en tirer des huiles, qui seront transformées en bioessence. Permettant ainsi de se passer de produits alimentaires comme la canne à sucre, la betterave et le blé, elle diminue ainsi la quantité de vêtements jetée dans les poubelles japonaises : 1 million de tonnes d’habits sont jetés et 2/3 de ceux-ci partent à l’incinération. Développée par Masaki Takao, avec l’aide d’un professeur de chimie organique de l’Université de Tokyo, cette initiative se déroule ainsi : du coton est trempé dans de l’eau chaude où on ajoute une enzyme transformant les fibres en glucose, qui est la matière première pour le fameux bioéthanol. Cette seconde partie est une technique plutôt ancienne, puisqu’elle est la même que pour les autres sources de bioessence (3). C’est plutôt le début de la production qui est novatrice, car il fallait penser à l’idée du coton, solution totalement ignorée par les industriels du secteur jusqu’à maintenant.

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Masaki Takao (Crédit Photo : Shamengo)

Cuir : Nous voici en République Tchèque, pays de production industrielle de cuir pour le continent européen. Des chercheurs, comme Karel Kolomaznik, ont développé un procédé utilisant des déchets produits par le process du cuir, en séparant la glycérine, fameuse matière qui forment les triglycérides, notre graisse que nous combattons, et les protéines des autres déchets. Ces derniers seront alors utilisés pour former les réactifs du biocarburant. Jusqu’alors, il était impossible de produire de la bioessence à partir des rejets à cause de la présence importante de glycérine, de protéines et d’acides gras, car ils entravaient le bon fonctionnement de la réaction. Ce problème résolu, il est maintenant possible de créer la ressource alternative au pétrole et en plus de cela, d’éviter de rejet des oxydes d’azote et des dioxines dans l’air, molécules très dangereuses pour l’environnement. Cette initiative devrait s’imposer non seulement dans les pays occidentaux, où les normes sont appliquées à la lettre, mais des pays moins développés seront à même de produire un carburant pour leur déplacement et éviter ainis l’exposition à des milliers d’ouvriers, qui travaillent dans des conditions dantesques et totalement non sécurisées, à ces molécules nocives pour leur santé (4).

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Karel Kolomaznik, professeur à l’Université Tomas Bata (Crédit Photo : Euronews)

N’ayant pas la possibilité de mettre les vidéos des reportages, ils sont disponibles aux adresses situées à la fin de l’article et qui correspondent aux numéros présents dans celui-ci.

De nombreuses solutions sont possibles pour traiter un déchet qui, certes, ne représente pas une grande quantité dans notre poubelle mais qui peut être facilement valorisé. Le hic, je le vois ainsi, est pour les vêtements en fibres synthétiques où encore aucune solution n’est proposée au niveau industriel, des recherches sont peut-être en cours mais je n’en ai pas d’écho. Comme ils sont majoritaires dans nos penderies, il serait judiciable de trouver un moyen de traiter ce problème, mais je reste persuadé que la réponse sera disponible dans peu de temps. Quand on voit que des solutions sont déjà présentes, les vêtements ne seront plus un sujet de débat pour l’écologie, débat à notre niveau car j’en entends peu parler dans la sphère politique.

Merci de m’avoir lu !

(1) http://www.lerelais.org/aussi.php?page=metisse

(2) http://www.lesechos.fr/28/03/2007/lesechos.fr/300156076_la-crise-de-la-tortilla-enflamme-le-mexique.htm

(3) http://www.entrepreneursdavenir.com/blog/post/-/id/607

(4) http://fr.euronews.com/2015/03/02/du-cuir-dans-le-reservoir/

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