2100 : quels climat et géographie pour notre région ?

5 avr

Bonjour à tous !

Malgré quelques personnes encore opposées à l’idée, inconscientes ou soumises financièrement aux lobbies et aux entreprises polluantes, le réchauffement climatique est un fait établi. De nombreux territoires se trouvent ou vont se retrouver sous les eaux, inondés par les eaux salées du fait des marées.

Pour la France, nous pensons tout de suite aux estuaires et notamment la Camargue. Déjà paralique – terme définissant une zone de transition géographique entre le milieu marin et le milieu continental (1) – avec les marais, connus par les images d’Epinal de cavaliers rameurant leurs troupeaux, le delta du Rhône se retrouvera totalement sous la mer Méditerranée, entraînant un recul des terres arables et les bords seront sujets à la pollution maritime et à la salinité. Les Landes seront également touchés, étant des anciens marais, réhabilités par Napoléon III durant la moitié du XIXe siècle, par la loi d’assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne, promouvant une aire de sylviculture et d’agriculture, à la place de la culture d’ovins.

Il y a une troisième région qui va être fortement touchée si la température augmente : le Nord-Pas-de-Calais. Eh oui ! Notre région est une voire la région la plus exposée. Pourquoi ?

400 000 personnes potentiellement touchées

L’altitude, en particulier vers la Flandre maritime, est basse, située entre 0 (parfois négatives) et 5 m jusqu’à 50 km à l’intérieur des terres. Les villes et villages seront vite inondés et invivables. Vous allez me dire, petits chenapants, que pour quelques patelins, il ne faut pas en faire tout un fromage. Détrompez-vous ! La Côte d’Opale et la Flandre maritime représentant une part non négligeable de la population nordiste – environ 400 000 personnes, soit le dixième de la population du Nord-Pas-de-Calais, pourraient être touchées à terme en 2100. Contrairement à la Carmague ou aux Landes, la densité de population est importante. Toutes les infrastructures actuelles seront affectées ou même disparues : que deviendra l’autoroute A16, proche de la Côte, et un des axes majeurs de communication en Europe ? Qu’adviendront les usines et industries portuaires comme ArcelorMittal Dunkerque ?

Nous nous disons que nous avons encore le temps, ce n’est qu’à la fin du siècle et on trouvera certainement des solutions, même si c’est la génération suivante qui trouvera sûrement, et si ce n’est pas le cas, ce n’est pas moi qui serai affectée puisque je serai certainement décédé avant. Il s’agit certes de long terme, mais la réponse ne doit pas se résumer à des paroles sans actes postérieurs ou d’une intertie face à la catastrophe. Nous devons penser à nos actions présentes quand on voit le scénario qui se dessine pour notre contrée : tout d’abord des inondations de plus en plus fréquentes auront lieu, comme dans les zones proches de la Hem par exemple, dans les 30 ans. Puis des submersions de villages et de villes déjà touchées par les inondations perpétuelles, avec la montée du niveau de la mer, arriveront, anéantissant les Moëres, qui sont en dessous de l’altitude 0. Agrémentez cela de phénomènes rares de nos jours mais qui seront de plus en plus présents chez nous et vous obtiendrez une nouvelle géographie et une nouvelle météorologie.

Les 4 millions d’habitants du Nord-Pas-de-Calais ne seront pas tous impactés par ces évènements mais la région a demandé au GIEC (Groupement Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) d’étudier ces potentiels évènements. L’ancien chercheur en physique de l’Université de Lille 1, le professeur Yves Foucart, et son équipe indiquent dans un rapport que les températures seront supportables malgré le passage pour une température moyenne annuelle de 10°C à 13°C ; malheureusement, le problème le plus grave est celui soulevé précédemment – c’est-à-dire : la submersion des basses terres (2).

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Quelques données sur l’évolution du climat et de la géographie du Nord-Pas-de-Calais (Crédit photo La Voix du Nord)

Nous nous retrouvons, come vous le voyez sur la carte ci-dessus, avec une avancée maritime, pénétrant dans les terres jusqu’à St-Omer, pourtant située bien loin des côtes actuelles. Cette « mer intérieure », ressemblant à la situation actuelle de Venise, ira jusqu’en Belgique et les côtes néerlandaises et allemandes, de la Rhénanie du Nord, seront touchées de la même façon. Il ne s’agira que d’une nouvelle transgression dunkerquienne comme il y eut dans le passé.

Regardons le passé pour comprendre l’avenir

Trangression dunkerquienne : kesako ?

Revenons en arrière, durant le Haut Moyen-Age, lorsque la géographie des côtes flandriennes de l’époque n’était pas la même qu’actuellement. Il y eut une première transgression après la fin de la première glaciation – où la montée du niveau de la mer du Nord, quasiment fermée, entraîna la rupture de l’isthme du Pas-de-Calais et donna ainsi naissance au détroit du même nom et à la Manche. Mais c’est la deuxième qui va nous intéresser.

La deuxième transgression, appelée transgression dunkerquienne II, eut lieu entre le IIIe et le VIIIe siècle, durant les invasions dites barbares et la chute de l’Empire Romain (3). La mer envahit, certains disent brusquement mais cela fut beaucoup plus long, les plaines marécageuses et donna naissance à un cordon d’îles et de formations d’alluvions émergeantes (4). L’écorce terrestre se serait affaissée, abaissant le niveau des terres par rapport à la mer, cette dernière inondant toute la Flandre (5). Furnes (Veurne en flamand) était une des ces îles littorales et risque d’en redevenir une si la mer monte ainsi à la fin du siècle.

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Vue de la plaine maritime depuis la Chapelle de Guémy (Crédit Photo Côte d’Opale TM)

Nous devons notre installation sur ces plaines, autrefois hostiles, aux techniques d’assèchement apportées par les moines anglais (qui effectuèrent le même travail sur les fens au sud de la Northumberie) et qui aidèrent les moines locaux à créer les fameux polders et l’établissement, bien plus tard, du système de wateringues et de watergangs (6). Ils furent aider aussi par la régression carolingienne, qui fut une élévation des terres issue de la fonte des glaciers préhistoriques. Les aménagements durèrent de nombreux siècles, pour atteindre les îles du littoral jusqu’à avoir les côtes actuelles, cela malgré une nouvelle transgression durant le XIe siècle.

Certains diront de ne regarder ni le passé ni le futur, et de ne penser qu’au présent, qu’au court terme. Mais ce qui se passe de nos jours au Bangladesh, avec la salinisation des terres du fait de l’avancée de la mer dans le delta du Brahmapoutre et des inondations maritimes régulières, risque de nous arriver certainement durant ce siècle. Le passé le montre très bien, la victoire sur la Nature n’est qu’éphémère, et pouvoir traiter ce danger le plus tôt possible permettra de trouver une solution pour le dixème de la population nordiste affectée par cette possible submersion.

Merci de m’avoir lu ! 

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Milieu_paralique

(2) http://www.lavoixdunord.fr/region/le-climat-change-dans-le-nord-pas-de-calais-comment-se-ia0b0n2752206#utm_medium=redaction&utm_source=facebook

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Transgression_marine_Dunkerque_II

(4) Les catastrophes naturelles dans l’Europe médiévale et moderne : actes des XVe Journées internationales d’histoire de l’Abbaye de Flaran des 10,11 et 12 septembre 1993, de Bartolomé Bennassar, chapitre L’homme au fil de l’eau, p31.

(5) http://histoiresdunord2.blogspot.fr/2011/11/la-formation-de-la-plaine-maritime.html

(6) De Sentinas à Grande-Synthe, Alain Neuville et Eric Miller, 1990, Editions de la Ville de Grande-Synthe, pp 08-09

2 Réponses à “2100 : quels climat et géographie pour notre région ?”

  1. hannier laurent 11 mars 2016 à 5 h 32 min #

    bonjour

    bel article. je suis également en train d’en concocter un sur mon blog. Ce qui est le plus navrant, c’est l’imbécilité de certains habitants niant les problèmes et par le mépris des édiles préférant l’immobilisme électoralement bienveillant au courage écologique.

    • Jean-Baptiste 11 mars 2016 à 8 h 54 min #

      Bonjour Laurent d’Ambleteuse,

      Je vous remercie. Quel est le nom de votre blog ? Cela m’intéresserait de le lire.

      Je vous rejoins sur le manque de connaissances et de jugement de certains, lors de constructions de maisons ou de lotissements. Toutes les tranches de l’exécutif sont responsables, de l’électeur au président de la République. Mais le capitalisme à outrance, où le court-terme et le rendement priment, n’aident en rien à la résolution du problème.

      Il y a bien des villes qui tentent de changer les choses, mais elles sont encore trop peu nombreuses pour pouvoir changer la donne. Dommage.

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