Lumière sur la photopollution

22 oct

Bonjour à tous !

Depuis quelques années, nous parlons presque quotidiennement de pollution. Mais ce mot est devenu synonyme de déchets que l’on retrouve dans l’environnement : 7ème Continent, ramassages, recyclage… Je vous en parle très souvent, je l’avoue mais c’est mon dada, les macrodéchets.

Toutefois, il y a deux pollutions dont on parle très peu dans les médias : la pollution lumineuse – ou photopollution – et la pollution sonore. Nous allons nous attarder sur la première, la seconde sera l’objet d’un autre article sur le blog.

La lumière artificielle est un symbole de la civilisation humaine, montrant que l’être humain a pu vaincre les ténèbres de la nuit. En passant du simple feu à l’ampoule basse consommation, de la bougie au néon, les lampadaires à gaz jusqu’aux OLED, il y a eu un long chemin pour en arriver à notre (trop) éclairé – petit aparté : je vous encourage à lire un livre intéressant et pédagogique sur l’histoire de l’ampoule et de l’éclairage en général, l’Ampoule électrique, et la lumière fut, de Dominique Joly, aux éditions Casterman. Mais nous le savons aussi, ce qui est magnifique – regardez les images satellites de l’article – n’est pas toujours bon pour nous et ce qui nous entoure.

espagne

L’Espagne illuminée (Source Rallumons le ciel)

Une phrase peut résumer ce qui se passe actuellement dans notre beau pays : IL NE FAIT QUASIMENT PLUS NOIR EN FRANCE. Avec plus de 11 millions (chiffres de l’ANPCEN – Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes – pour 2012) de lampadaires, spots, éclairages publics, lumières de monument, le territoire est empli de photos « artificiels » (1). Et ce nombre est en croissance accélérée puisque nous avons multiplié par 7 le nombre de ces points lumineux en l’espace de 30 ans. Pour quelles raisons ? Nous vivons de plus en plus tard dans la journée, profitant de la soirée le plus possible, par des visites de musée ou de monuments emblématiques, les restaurants, les cafés, et les personnes qui travaillent après le crépuscule. Il n’y a plus de véritable césure sociale jour/nuit, ce qui impacte la faune, la flore mais aussi l’être humain.

La flore et la faune perturbée

Il y a de multiples exemples montrant la perturbation de la faune et la flore avec les lumières artificielles (2).

Les papillons paons de nuit et les collemboles sont attirés par le faisceau diffus des lampadaires dans l’atmosphère. Ne pouvant se reposer du fait de la continuité temporelle du « jour », les insectes meurent d’épuisement. Ils se retrouvent sinon brûlés avec l’exposition trop importante aux sources lumineuses et, surtout, sont la cible facile des prédateurs qui les voient tout de suite dans le halo. La reproduction est également impactée puisque les méthodes de séduction par signaux lumineux, dont les lucioles sont les célèbres représentantes, deviennent vaines, les signaux étant beaucoup plus faible en intensité par rapport aux candélabres.

Les prédateurs de ces insectes sont aussi touchés. Les écosystèmes sont ainsi séparées par des barrières lumineuses telles des frontières. La nourriture, souvent spécifique à un milieu et subissant des dommages comme nous l’avons vu plus tôt, se retrouve raréfiée et les prédateurs (grand-duc, chouette, chauves-souris,…) deviennent des espèces menacées eux-aussi. Les oiseaux migrateurs, quant à eux, sont perturbées au niveau sensoriel et visuel, perdant leur orientation – les reflets de lumière sur les immeubles en verre sont comme les étoiles ou la Lune et leurs reflets sur la mer par exemple – et leurs prédateurs peuvent ainsi (même les diurnes, qui se sont habitués à ces changements) les attaquent de manière aisée.

Pour les animaux aquatiques (tortues,…), cela n’es guère mieux. Les pont illuminés agissent comme des barrières physiques de migration, empêchant les anguilles de remonter les rivières pour continuer leur vie adulte. Les plages éclairées, quant à elles, attirent dans le mauvais sens les tortues qui se repèrent avec la luminosité issue normalement des étoiles et de la Lune (comme les oiseaux migrateurs du paragraphe précédent) mais ici biaisée par les spots, les lampadaires et les maisons.

Pour la flore, c’est surtout la germination qui est perturbée. Se développant trop rapidement les plantes deviennent fragiles et ne résistent plus en cas de perturbations. Il s’agit d’un point qui n’est pas véritablement défini, du fait du nombre important de facteurs pouvant entraîner cette accélération de la germination (pesticides et engrais, réchauffement climatique, etc.).

On remarque, par ces exemples, que l’impact est loin d’être négligeable et est tout aussi important que la pollution de type déchets. Malheureusement nous nous concentrons que sur cette dernière car elle est liée à des événements qui ont touché directement et fortement l’opinion public – la concentration sur un sujet est le propre de l’homme, j’ai l’impression – ceci est débat plutôt philosophique, qui sera un autre débat. De par ces accidents, ce qui nous préoccupe le plus est ce qui risque de nous impacter avec une grande importance, même si la probabilité qu’elle se passe demeure faible. Mais la photopollution est mise de côté car elle est tellement présente et semble n’avoir que peu de conséquences sur notre santé et celle de notre environnement.

Et l’être humain ?

Nous avons besoin de la nuit pour reposer notre corps, car le sommeil aide à la réparation de muscles aux fibres potentiellement rompues et à la décontraction des tissus et des organes. Tout cela grâce à la mélatonine, une hormone jouant le rôle de médicament. Néanmoins, avec la photopollution, le corps n’est plus soumis à un rythme jour/nuit efficace et diminue ainsi le taux de production de mélatonine (3).

Ce problème est particulièrement étudié, car les études épidémiologiques montrent que les enfants et les adolescents en particulier sont beaucoup plus fatigués qu’avant. D’où vient cette perturbation du sommeil ? A la grande exposition aux écrans (sources lumineuses !) jusqu’à très tard dans la nuit, donnant au corps un faux signal de « jour » et empêchant la préparation à un cycle de sommeil optimal. Ajoutez à cela des sources comme le radio-réveil à LED, les veilleuses, les écrans de téléphone ou d’ordinateur encore ouverts – qui entraîne une autre pollution,…

La photopollution empêche l’atmosphère de se régénérer, en favorisant la pollution atmosphérique, notamment avec la production d’ozone troposphérique. Cet ozone est issu de radicaux chimiques (molécules très instables, donc à durée de vie très limitée) qui réagissent instantanément et sont produits par la désintégration de polluants par de l’énergie – en grande majorité de la lumière, symbolisée par le terme ! Les alertes pollutions se multiplient ainsi dans les villes, en pensant qu’il ne s’agit que d’un problème de transports alors que c’est plus compliqué que cela (4).

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Cycle de Chapman de l’ozone troposphérique

Il semblerait que la pollution lumineuse amplifie les risques d’obésité et de cancer, mais les études ne sont pas assez nombreuses pour valider ces hypothèses. Etant donné que ces maladies sont sujettes à plusieurs facteurs, il peut y avoir des biais dans les résultats (5). Une autre étude montre que la photopollution favoriserait l’apparition du paludisme. Les campagnes de développement des zones pauvres avec l’arrivée de l’électricité changent les habitudes des habitants et la population reste dehors au moment où les moustiques sont les plus actifs (6).

Que faire alors ?

La solution la plus simple est de diminuer le temps d’utilisation des points lumineux. Ne plus éclairer entre 1h et 5h, comme à Ploemeur en Bretagne ou à Nice (6), permettrait de faire des économies substantielles et de réduire l’impact environnemental. Ce serait plus efficace que le changement d’heure que l’on nous impose, littéralement inutile avec les décorations de Noël installés à peine un mois après. Et il faudrait montrer l’absence d’influence de l’arrêt des lampadaires sur le taux de criminalité (7).

Une autre idée est de remplacer les vieux lampadaires du type sodium orange ou à vapeur de mercure, les luminaires globe des parcs et accès, qui illuminent très mal – comme vous pouvez le voir sur l’illustration suivante. Les perches de lumière confinée ont un cône de lumière efficace meilleur et un cône de diffusion restreint, n’éclairant pas les zones inutiles dans les environs (8).

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Différence entre les lampadaires à boule et les perches à ampoule verticale

 

 

Encore une idée et celle-ci est très originale. Pourquoi ne pas changer simplement de couleur d’éclairage ?!? Oui, çà peut être une solution. Passons du blanc à du rouge, en réglant la question énergétique, dans le sens purement physique du terme. Car le rouge a une fréquence peu énergétique par rapport aux autres couleurs ou le blanc qui représente presque tout le spectre de la lumière visible. Il faut un rayonnement assez fort en fréquence pour faire apparaître les radicaux nécessaires à la création de l’ozone troposphérique (9).

Nous sommes loin d’avoir régler le problème Pour instaurer les idées développées ci-dessus, il faut passer par la case législation. En 2008, une loi a été votée, dans le cadre du Grenelle I, et adoptée le 21 octobre de la même année par l’Assemblée Nationale. Une partie de l’article 36 explique ainsi :

« Les émissions de lumière artificielle de nature à présenter des dangers ou à causer un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore ou aux écosystèmes, entraînant un gaspillage énergétique ou empêchant l’observation du ciel nocturne feront l’objet de mesures de prévention, de suppression ou de limitation. » (10)

Et pourtant aucun plan d’actions n’a été mis en place ou même proposé depuis ce temps. Il n’y a que des initiatives locales, qui ne peuvent empêcher la multiplication des sources lumineuses en France. Nous devrions prendre exemple sur nos voisins européens comme l’Italie, qui a légiféré dès 1997 en Vénétie puis dans toutes les régions transalpines, la Grande Bretagne ou encore la Slovénie. Cette dernière a réglementé les niveaux de luminosité des sources d’émission, interdit les lumières dirigées vers le ciel et s’est mis un objectif d’atteindre une consommation de 50 kWh/an/habitant – ce qui représente la moitié de ce que consomme un Français (11). En résumé, pas de plans d’avenir sur la photopollution, peu d’informations sur le sujet, insouciance et méconnaissance totale des pouvoirs publics et de la population. La fameuse COP 21 montre bien le désintérêt sur ce sujet, obnubilé par les émissions  La pollution lumineuse a encore de beaux jours devant elle, au même titre que la pollution sonore.  Espérons que cela change et que tout le monde prenne conscience de ce problème.  Merci de m’avoir lu !

(1) Alexandre Pihen, Pollution lumineuse : Il ne fait quasiment plus noir en France, Science & Vie n°1177, Octobre 2015, Science & Société, p. 50 ;

(2) Anne Orliac, Pollution lumineuse : Comment retrouver le noir de la nuit, Science & Vie n°1098, Mars 2009, Science & Vie d’aujourd’hui, pp. 76-83 ;

(3) www.notre-planete.info/environnement/pollution-lumineuse.php

(4) B.B., Pollution lumineuse : Elle empêche l’air de se purifier, Science & Vie n°1122, mars 2011, Actus Terre Focus, pp. 28-29 ;

(5) www.notre-planete.info/environnement/pollution-lumineuse.php

(6) Encarté : Elle favorise également le paludisme. B.B.Pollution lumineuse : Elle empêche l’air de se purifier, Science & Vie n°1122, mars 2011, Actus Terre Focus, pp. 28-29 ;

(7) http://www.nicematin.com/grasse/ces-maires-ont-decide-de-lutter-contre-la-pollution-lumineuse.2365421.html

(8) Anne OrliacPollution lumineuse : Comment retrouver le noir de la nuit, Science & Vie n°1098, Mars 2009, Science & Vie d’aujourd’hui, p. 83 ;

(9) B.B.Pollution lumineuse : Elle empêche l’air de se purifier, Science & Vie n°1122, mars 2011, Actus Terre Focus, pp. 28-29 ;

(10)  Devenue l’article 41 dans la loi n°2009-967 du 3 août 2009. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020949548

(11) Encarté : Plusieurs autres pays ont déjà légiféré. Anne OrliacPollution lumineuse : Comment retrouver le noir de la nuit, Science & Vie n°1098, Mars 2009, Science & Vie d’aujourd’hui, pp. 76-83 ;

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