Des « baleines » échouées à Calais

5 nov

Bonjour à tous et à toutes,

Si vous êtes des locaux, vous avez certainement entendu parler de cet événement tragique (1). Pour les plus lointains, les journaux télévisés et papier en ont parlé quelque peu, dans un encart assez court, même dans les journaux de vulgarisation scientifique (2).

10 globicéphales communs, également appelés baleines pilotes, se sont retrouvés sur la plage, ne pouvant regagner la mer, coincés sur le banc de sable. Ce sont des dauphins et non des baleines, comme l’ont dit très rapidement les médias, d’où les guillemets dans le titre.

Ces mammifères nagent lentement, migrent en suivant les bancs de poissons qui leur servent de nourriture. Ils sont de grande taille, un mâle adulte pouvant atteindre les 6 mètres de long pour près de 3 tonnes et demi de masse (3).

Dauphins échouage

Opération de remorquage des dauphins échoués à Calais (Image La Voix du Nord)

Malheureusement sur les 10 dauphins, 7 sont décédés, dont un après sa remise à l’eau. Seuls trois, parmi les deux mâles et deux femelles – qui avaient été sauvées, soulevées à l’aide de sangles attachées au godet du pelleteuse, sont repartis au large. Toutefois ils ont peu de chances de survie et ce, seulement s’ils restent ensemble, selon Jacky Karpouzopoulos – scientifique au centre de recherches des mammifères marins Pelagis de la Rochelle (4).

Mais alors pourquoi se sont-ils échoués ?

Actuellement, il n’y aucune certitude sur la raison de cet échouage. L’hypothèse avancée est la mort du mâle dominant en pleine mer, le reste de la famille le suivant, entraînant avec lui, la plupart des globicéphales noirs dans sa mort.

Ce n’est pas la première fois qu’un mammifère marin du type baleine, marsouin ou dauphin atterrit (non pas dans le sens aéronautique du terme) sur nos côtes. Lors d’un des nettoyages avec Nature Libre, nous avions retrouvé un marsouin mort. Il y a aussi le fameux cachalot de 1937, à Grande-Synthe, comme preuve (5). Néanmoins, le nombre important d’individus rend l’événement rarissime.

En voyant les vidéos de l’opération de remise à l’eau des survivants, une autre hypothèse m’est venu en tête (çà m’arrive de réfléchir parfois) même si elle peut être écartée aux vue des futurs résultats.

Il y a quelques années, dans mon magazine préféré Science & Vie (naturellement) où un des titres phares était Le Sonar qui tue, j’avais lu un article titré Brouillage meurtrier et datant de 1992 (6). Il était expliqué : les Américains, sous l’égide de Pr. Munk, cherchaient à étudier le réchauffement climatique par l’envoi d’un son dans la mer. La vitesse du son variant avec la température, ils auraient vérifié ainsi l’augmentation de la température de l’eau. Toutefois cette expérience avait besoin de hauts-parleurs puissants qui auraient envoyé un bruit de 209 décibels (dB)  - un avion qui décolle est de l’ordre de 120/130 dB – et qui devait s’atténuer à 120 dB après 50 kilomètres.

Or, lors des pré-tests, il s’avérait que le bruit s’atténuait bien à 120 dB… mais au bout de 1000 kilomètres ! 20 fois plus que la données expérimentale. Gênant l’écholocation de centaines de milliers de cétacés et de pinnipèdes.

Deux chercheurs, les professeurs Lopez et Simmonds, ont montré que les manœuvres maritimes militaires et civils (pêche, tourisme,…) avaient un impact sur le taux de mortalité par échouage des baleines, dauphins et autres – en particulier les « suicides » collectifs. Les émissions sonar et les bruits ultrasoniques gênent l’écholocation, qui aide aux animaux à se diriger et de détecter les obstacles.

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Une autre raison, qui explique certains cas d’échouage solitaire, est soulevée dans l’article. L’écholocation est issue d’un long apprentissage provenant de la mère à son petit sur de longues années, pour mémoriser les lieux de leur migration habituelle. L’inexpérience des petits fausse leur jugement, pensant qu’il n’y a pas d’obstacles à leur progression alors qu’une plage se trouve à proximité.

Plusieurs hypothèses sont valables pour expliquer cet accident à Calais. Seules des analyses complémentaires permettront d’en savoir un peu plus sur les causes et raisons de ce dramatique échouage.

Merci de m’avoir lu !

(1) http://www.lavoixdunord.fr/region/calais-dix-baleines-echouees-sur-la-plage-ce-lundi-ia33b48581n3137389

(2) http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/20151102.OBS8688/video-10-baleines-echouees-a-calais.html

(3) http://www.firmm.org/fr/baleines-dauphins/globicephale-commun

(4) http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2015/11/02/dix-baleines-echouees-sur-la-plage-a-calais_4801286_1652692.html

(5) De Sentinas à Grande-Synthe – L’histoire d’une ville, d’Alain Neuville et Eric Miller, Editions Spratbrow pour de la ville de Grande-Synthe, octobre 1990, p. 35

(6) Brouillage meurtrier, de Didier Dubrana, rubrique Zoologie, Science & Vie n°890, novembre 1991, pp. 64-69.

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