La COP21 ne pourra pas atteindre l’objectif des 2 degrés Celsius. Pourquoi ?

8 déc

Bonjour à tous et à toutes,

Depuis la semaine dernière, 195 pays, représentés par des diplomates et des négociateurs, tentent de s’entendre sur des objectifs pour éviter de dépasser les fameux 2°C. Une limite instaurée par les scientifiques, il y a quelques années, en expliquant qu’au dessus de cette limite, les effets sur le climat seraient irréversibles et les conséquences sur la faune et la flore terrestre néfastes voire exterminatrices.

Cette 21ème Conférences des Parties (en anglais : Conference of Parties, d’où le terme COP – terme très peu expliquée dans les médias) ou la 11ème CMP ( Meeting of the Parties to the Kyoto Protocol – Réunion des Parties du Protocole de Kyoto) (1) doit, selon les dires des Chefs d’Etat, être une réussite. L’échec de la Conférence de Copenhague – COP 15 – en 2009 reste dans les mémoires (2). Les attentes sont encore plus fortes aujourd’hui car il y a eu enfin une prise de conscience de la part de tous les pays, aussi bien pauvres que riches, mais cela est du notamment au sentiment d’augmentation des événements catastrophiques et climatiques. De plus, la « montée des eaux » – je rappelle qu’il n’y a pas d’augmentation de la quantité d’eau mais le fait que le niveau de la mer monte est due à la dilatation de l’eau, phénomène issue du réchauffement de l’eau – se dévoile, surtout dans les pays insulaires ou fortement exposés comme le Bangladesh, les Maldives, les îles micronésiennes, etc. Des symboles de la faune et de la flore comme la Grande Barrière de corail au Nord-Est de l’Australie, qui subit l’acidification et le réchauffement de l’océan,  ont aussi permis de sensibiliser les populations mais également les pouvoirs politiques.

logo-cop-21-carr-

Image représentative de la COP 21 de Paris (Source IFSA)

Le rapport initial des objectifs et des moyens mis en place pour les atteindre faisait 54 pages. Toutefois et malheureusement, le rapport est continuellement raboté par les différents négociateurs, qui se battent comme chiens et chats pour faire changer une virgule ou le sens d’une phrase pour qu’elle soit moins restrictive. Nous sommes en ce moment avec un document avec 48 pages et cela risque de se réduire encore comme une peau de chagrin. Le président français François Hollande avait demandé que cela soit un rapport contraignant, obligeant les pays à réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre. Quelques jours plus tard, le représentant des Etats-Unis, John Kerry, s’est exprimé çà ce sujet et a déclaré que le rapport ne sera pas contraignant, ruinant de ce fait la crédibilité de ce sommet (3).

Il y a plein d’obstacles pour la réalisation d’un accord. Le point le plus épineux est le financement de l’aide à la conversion écologique aux pays pauvres, qui sont les premiers à souffrir du changement climatique. Les Etats-Unis et l’Union Européenne ne veulent pas être les seuls financiers de cette aide, appelant les pays dits « émergents » (même si la Chine, la Russie, l’Inde et le Brésil ne sont plus vraiment émergents depuis le temps qu’on les nomme ainsi) à participer, vu qu’ils sont désormais les principaux pollueurs de la planète avec les deux premiers cités (4).

Ajoutons à cela, le souci de garder une croissance à plus de 5% pour des pays comme la Chine et l’Inde . Ce qui les oblige à garder l’utilisation de ressources fossiles, dans leur esprit (5). La transformation des sources d’énergie ne signifie pas pour autant la fin d’une croissance. Mais il faut qu’ils prennent conscience que c’est la fin de la croissance des Trente Glorieuses, avec des ressources abondantes – idée qu’ils ont pris en compte, en devenant dans quelques années les champions des ressources renouvelables.

Un point que je voudrais souligner. Nous ne parlons que du dioxyde de carbone, mais il y a d’autres gaz à effet de serre mais dont on parle peu ou même pas : le méthane (surtout pour les pets des moutons, cela fait rire mais c’est une grande source de pollution atmosphérique), les alcanes en général, la vapeur d’eau (Eh oui !!), les CFC – chlorofluorocarbones – qui existent toujours (6),… La vidéo qui suit vous explique très bien la pollution des GES – Gaz à Effet de Serre.

Image de prévisualisation YouTube

Et j’en passe et des meilleures…

Mais il y a un point qui me tracasse et dont on ne parle pas du tout dans les médias, en particulier, parce qu’ils n’ont pas les connaissances sur ce sujet tout comme les politiciens qui ont acte de présence devant les caméras (Quel cinéma quand même ce premier jour !) : nous sommes déjà aux deux tiers de la limite de la quantité maximale de dioxyde de carbone pour rester sous la barre des 2°C !!! regardons de plus près l’enquête de Vincent Nouyrigat, pour le magazine Science et Vie de ce mois-ci (7).

Cette limite est de 3200 milliards de tonnes de CO2 cumulées et rejetées dans l’atmosphère. Or, depuis 1870,  nous avons émis 2000 milliards de ce gaz. Au rythme actuel des émissions, il nous reste 30 ans. Mais nous savons que nous allons émettre encore plus de CO2 dans les prochaines années – 54 milliards de tonnes équivalents CO2 par an, la dead-line sera très vite atteinte. Et il sera trop tard !!!

606x340_318106

Photo de famille de la COP 21 à Paris (Source Euronews)

La seule solution sera de diminuer les émissions comme il est projeté, mais, dans le même temps, extraire ce gaz à effet de serre plus que ce l’on produit. C’est à dire, d’avoir un pourcentage négatif d’émission. Aujourd’hui on aime dire croissance négative. Là c’est pareil ! Il ne faut pas se contenter de réduire et extraire les émissions, car nous serions dans l’optique d’un réchauffement de trois degrés Celsius, ce qui reste que les 5°C si on reste avec les émissions actuelles ou les 4°C que si l’on réduit juste.

Mais même avec cette idée de réduire les émissions et d’extraire plus de CO2  que l’on émet, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Car il existe des solutions ou plutôt des pistes de réflexion de géo-ingénierie, mais des problèmes relatifs à chacun peuvent freiner leur élaboration.

  • La replantation de 200 000 km² de forêt tropicale est une idée « facile » à mettre en oeuvre et issue d’une réflexion plutôt pertinente. Malheureusement, la faculté des arbres à capter le CO2, peut être mis en défaut lors d’un incendie. Des terres seraient mis en compétition entre la forêt et l’alimentation – si nous réduisons notre consommation de nourriture en générale, cet argument serait inutile – et l’implantation de milliers d’arbres changerait l’équilibre hydrique et climatique.
  • Transformer 550 millions d’hectares pour cultiver des sources de biocarburants. C’est une solution indirecte puisque le CO2 serait au final fixé dans une formation écologique ou au fond des océans. Comme dans la solution précédente, on risque d’être en compétition avec les cultures vivrières et nourricières, faisant augmenter les prix de façon exponentielle. Et nous ne sommes pas sûrs que le dioxyde de carbone reste fixé.
  • Carboniser 14 milliards de tonnes de biomasse. La carbonisation est l’action de brûler sous atmosphère anaérobique (sans oxygène). Energie et obtention d’un charbon de bois fertilisant , se dégradant lentement, semblent être les atouts de cette panacée. Malheureusement, on ne sait pas comment de temps dure le piège de type charbon de bois, l’influence de ce charbon de bois sur le système biodiversité des sols.
  • Déverser 17 milliards de tonnes de chaux vive dans l’océan. Encore une idée simple : pourquoi ne pas accélérer ce que fait déjà la Nature ? Les océans précipitent des milliards de mètres cube de dioxyde de carbone en sédiments de bicarbonate, réaction qui dure assez longtemps. Le fait d’ajouter de la chaux vive accélérera le processus en rendant plus alcalin l’océan. Se transformant ainsi en roche sédimentaire, le rendant stable et inaccessible à l’atmosphère. Mais quid de la faune et la flore ? Où extraire les ressources pour cette chaux vive ? Combien d’usines pour la créer ?
  • Réduire en poudre 40 milliards de tonnes de roches. Dans la même idée que celle précédente, les roches sont réduites en poudre pour faciliter les réactions chimiques de formations de carbonates. Mais la production de minerais est l’une des plus grandes productrices de CO2, ce qui serait contre-productif.
  • Refroidir la Terre en injectant du soufre dans l’atmosphère. L’idée de dernier recours, car elle représente de très grands risques : effets locaux terribles, la couche d’ozone serait touchée et les conséquences qui vont avec, augmentation brutale du taux de CO2 s’il y a arrêt des émissions de soufre. Idée qui date car elle était déjà dans les cartons en 2006 (8).

Il y a de nombreuses « solutions » mais elles indiquent aussi une fuite en avant. Il faut se rendre à l’évidence aussi : avoir produit pendant plus de deux siècles de grandes quantités de CO2 a perturbé le cycle de l’atmosphère et continuera à le perturber encore pour plusieurs, malgré l’arrêt des émissions. On n’arrête pas une machine de cette grandeur comme cela. Il va falloir vivre comme çà pendant des dizaines et des dizaines d’années.

Merci de m’avoir lu !

(1) http://unfccc.int/bodies/body/6397.php ;

(2) http://www.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/12/19/la-bilan-decevant-du-sommet-de-copenhague_1283070_1270066.html ;

(3) http://www.bfmtv.com/international/john-kerry-soutient-qu-un-accord-a-la-cop-21-ne-sera-pas-juridiquement-contraignant-929403.html ;

(4) http://www.challenges.fr/videos/5mzrfr.DGT/cop21-les-pays-du-nord-doivent-ils-payer-pour-ceux-du-sud.html

(5) http://www.france24.com/fr/20151202-cop21-inde-charbon-renouvelable-climat-fossile-paris-environnement

(6) http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/dico/d/chimie-cfc-5312/ ;

(7) Lutte contre le réchauffement climatique : Réduire les émissions ne suffira pas !, de Vincent Nouyrigat, Chapitre « L’événement », Science & Vie, n°1179, pp. 42-49 ;

(8) Refroidir la Terre ! : L’incroyable projet contre le réchauffementde Mathieu Grousson, Yves Sciama et Cécile Bonneau, Chapitre « A la une »,  Domaine « Climat », Science & Vie, n°1071, pp. 54-73.

Pas encore de commentaire

Laisser une réponse

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus