Week-end d’un gnome (écolo) : Samedi – Le chantier nature du Mont de Couple

9 fév

Bonjour à tous et à toutes,

Contrairement à d’ordinaire, ce n’est pas une après-midi que je vais vous narrer mais bien un week-end entier. Et bien sûr, vu que je suis prolixe en terme de texte, je vais faire un article en deux parties pour vous éviter de vous endormir en lisant mes lignes.

Je m’étais inscrit pour ce week-end Nature depuis un certain temps déjà et faire un débroussaillage de prairie, cela ne se refuse pas. Et puis, c’est un changement très intéressant d’activité et dormir dans un gîte avec de nombreuses personnage est une bonne idée, propice aux discussions et aux rigolades.

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Le Mont de Couple (Source reserves-naturelles.org)

Samedi matin, rendez-vous à 9h00 sur le parking de l’école communal d’Audembert. J’y accours dans ma petite voiture rouge. Qu’est-ce qu’il pleut, bon sang ! Je ne vois presque rien sur l’autoroute ! Il y a des trombes d’eau, il drache des hallebardes. Cela augure peu de bonnes choses pour travailler ce matin. Les routes de campagne sont de pire et en pire, l’eau coule véritablement des collines alentours, formant des torrent de boues très liquides. Les fossés n’étaient plus visibles, la route ayant la couleur ocre de l’eau boueuse. Néanmoins, j’arrive à bon port, enfin bonne place, seuls deux véhicules étaient déjà présents.

Mont de Couple

Il pleut, encore et toujours. Nous attendons dans nos voitures et les minutes s’égrainent doucement. Je sors pour faire la vigie. Les personnes sortent aussi, impatientes. Deux voitures arrivent, dont une du Parc Naturel Régional des Caps et Marais d’Opale. Nous faisons les présentations, de quelle association nous sommes. Une autre voiture se gare dans le parking en trombe : c’est la break de l’organisateur, Denis des Blongios. Se réfugiant avec nous près du mur d’une maison, qui nous sert d’abri du vent et de la drache, il nous explique que certains sont en retard, à cause d’une voiture en panne – problème moteur. Mais peu de temps après, tout le monde est sur le lieu de rencontre. Et après discussion, notamment sur la météo dégueulasse qui risque d’être un facteur d’insécurité lors du chantier nature,  direction le gîte.

Un petit mot sur les Blongios. Débutée il y a plus de 20 ans avec une bande de copains – 1992 pour être précis pour la création, l’aventure regroupe aujourd’hui 300 adhérents dans le Nord-Pas-de-Calais et ailleurs. Leur but : sauvegarder des zones fragiles – qui ont des particularités écologiques, où des espèces de plantes ou d’animaux vivent – soumises à des risques d’artificialisation ou d’uniformisation de la flore. Ils agissent en complémentarité avec les sociétés paysagistes, et n’usent que d’outils non thermiques pour faucher, créer des abris naturels,… Je vous invite à les soutenir, à intervenir sur des zones avec eux et même les joindre en tant qu’adhérent. Voici leur site.

Un vrai cortège, on aurait dit une suite de voitures revenant d’un mariage, mais sans les klaxons. A petite allure, nous suivons le guide. Les noms des villages s’enchaînent, telle une chanson : Audembert, Leubringhen, Leulinghen, Rinxent, Hardinghen, Fiennes, Caffiers. Et le gîte du Mât nous tend les bras, à Hermelinghen. La pluie redouble d’intensité. Nous nous réfugions vite fait dans la maison, avec nos affaires pour le week-end et bien sûr, la nourriture et la boisson. Chacun avait apporté de quoi se sustenter, au final, on se retrouve avec de quoi nourrir un régiment.

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En attendant la fin de la pluie

Préparation des boissons chaudes. Nous commençons à discuter, de tout et de rien. Découverte de la bibliothèque de la maison, avec quelques surprises, avec le côté éclectique des livres à disposition, passant de l’obstétrique à la fiscalité des paradis fiscaux, une biographie d’Yvette Horner – qui ressemble étrangement à Ronald McDonald sur la tranche du livre – à côté d’un  essai sur le bouddhisme. Rires et foutages de gueule sympathiques dans la distribution des bouquins. Le café, le thé, la tisane gingembre-citron du Papa Yéti, tout cela se distribue sur la table. Le programme de l’après-midi se dévoile, après la confirmation d’une accalmie et même l’apparition du soleil, le départ se fera après le déjeuner, afin d’avoir assez de temps pour débroussailler assez de terrain pour les bovins.

Après un petit repas végétarien (salade de betteraves-quinoa-amandes-mâche, cake au chèvre…), nous voilà parti en covoiturage jusqu’au Mont de Couple, derrière Audembert. Le chemin est ponctué de fous-rires, qui donne au véhicule le doux surnom de Voiture de la Rigolade. Rien ne m’empêche de faire le zouave. Et puis le temps devient de plus en plus clément, au fil de la route. Au bas de la colline, on se gare et on commence à grimper la petite hauteur de 162 mètres au dessus du niveau de la mer. Le spectacle est magnifique, au fur et à mesure de l’altitude. Lorsqu’on regarde vers la mer, nous pouvons nettement les falaises blanches de la Grande-Bretagne, situées à 35 km de là. Je n’ai jamais les côtes anglaises aussi nettement que ce jour, d’une blancheur éclatante, avec le soleil qui les illumine derrière un rideau de nuages. Les bateaux, qui traversent un des détroits les plus fréquentés du monde, forment un cortège saisissant, un vrai symbole de la mondialisation.

Débrief sur le sommet du mont, sur l’utilisation du matériel de débroussaillage, nous ne rigolons pas avec la sécurité. Surtout quand on entend les anecdotes de Denis, sur la position des outils que certains ont montré (dans les bottes, tenant la partie cisaillée dans les mains,… Oh la la, les imbéciles !). Nous descendons vers la zone de travail, sur le côté non exposé au vent de mer, ce qui rend très agréables les températures. Sébastien, du Parc, nous explique l’écosystème de la prairie calcicole – prairie poussant sur un sol calcaire (nous nous situons au nord de la cuesta crayeuse du Boulonnais)   et l’impact que les ajoncs d’Europe ont sur la faune et la flore. Entourée par des champs, où règne la monoculture développée en particulier après-guerre, il est primordial de préserver les zones à la faune et flore exceptionnelle car, sur un seul mètre carré, peut se côtoyer des dizaines de sortes d’herbes et de petites plantes. D’où la nécessité d’intervenir dans cet espace du Parc Naturel Régional des Caps et Marais d’Opale, qui s’étend sur 153 communes du Nord-Pas-de-Calais dans un triangle St Omer-Calais-Boulogne/Mer. Les représentants du Parc nous accompagnent dans notre démarche, soutenue aussi par la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme par un financement conséquent pour réaliser cette action.

L’environnement est soumis à un équilibre entre animaux. champignons et végétaux. Mais il suffit d’une perturbation pour rompre cet équilibre et ainsi perdre un écosystème en quelques années, voire parfois quelques mois. Dans notre cas, il s’agit d’une espèce invasive, l’ajonc d’Europe, qui empêche les bovins de passer et d’intégrer la pâture. Mais cet obstacle entraîne le développement de l’ajonc, dont les jeunes pousses ne sont plus mangées par les animaux, au détriment des espèces végétales. Celles-ci vont se retrouver étouffées et disparaître au profit d’une seule plante. De plus, un autre équilibre serait perturbé : celui de la création de l’humus, complémentaire au cycle faune-flore, expliqué, précédemment. La fin de l’apport d’autres nutriments signifiera le déclin de nombreux types d’herbacées et ainsi, d’insectes vivant de ces herbes. Comme diraient les complotistes : tout est lié !

Petit aparté, je vous mets une vidéo, qui parle de l’importance du sol, sujet très peu traité dans les sites sur l’environnement – sauf en ce qui concerne l’érosion et la dégradation de celui-là.

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Le travail commence. Chacun avec son arme… euh son outil, se dispersant pour pouvoir couper les branches mortes des aubépiniers, enlever ses satanés ajoncs et leurs foutues souches (que j’ai nommées de divers noms qui ont fait le bonheur de mes voisins), nettoyer les pieds des arbres de leurs ronces, amener le tout en contre bas dans le champ gentiment ouvert par l’agriculteur, qui possède le terrain que nous débroussaillons. Jérôme, le fermier, nous rend visite pour voir où nous en sommes et participe à l’action menée par nos petites mains.

Chantier Nature - Samedi
Album : Chantier Nature - Samedi
Première partie du week-end Nature avec les Blongios et Nature Libre.
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Au travail et protégés du vent, un feu en activité : il fait trop chaud pour garder les manteaux. Je vous assure que le temps était printanier, ce qui n’était pas le cas le matin ! Assoiffés, affamés, nous faisons une petite pause de temps en temps pour nous désaltérer. Des petits « Aie ! Ouille ! » se font entendre : quelques maladroits se griffaient avec les branches, se prenaient une épine ou ne voyaient pas un morceau de bois qui traînait.

L’après-midi se passe tranquillement, les appareils photos cliquettent, le soleil déploie sa magnificence dans le ciel de la Côte d’Opale. Qu’est-ce qu’on est bien ! En faisant abstraction des coups de cisailles, de faux ou de serpettes, un silence reposant et bienfaisant se fait entendre. C’est dans ces moments-là que je me sens heureux,  dans un coin de paradis – bien loin de l’idée que se font certains du paradis terrestre. Quoi de mieux que de soigner les terres qui t’ont vu naître. Dit comme çà, cela a l’air très égocentrique et ésotérique à la fois, mais ne cherchez pas ces points dans mon discours. Je déteste qu’on pourrisse ma campagne, ma plage ou ma ville et toute initiative pour y remédier, j’y vais lorsque je le peux.

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Le crépuscule nordiste

Fini de parler de ma pomme, retour sur le chantier nature, du moins la fin. Le crépuscule arrive, il est temps de partir. Outils dans les mains, il faut remonter la pente pour revenir aux véhicules afin de les déposer. Dans la joie et la bonheur, et avec le sentiment du travail accompli, nous marchons la prairie calcicole, nous musclant encore les mollets qui ont souffert lors de ce nettoyage sur un terrain penché.

Malgré un petit retour pour essayer de retrouver un outil perdu, tout le monde se dirige vers le belvédère, où le littoral se découvre, sous les feux vermillons et rosés d’un Phoebus déclinant. Le vent monte un peu, refroidissant l’ambiance. Mais les visages se parent d’un sourire éclatant, montrant que nous avons grandement apprécié cette activité et que nous espérons de nouveau la faire prochainement. Les congratulations et les remerciements sont de mises, et je remercie grandement les deux personnes du Parc Naturel Régional des Caps et Marais d’Opale – Léia et Sébastien – de leur proximité, aide et renseignements. Rien ne vaut un cour en plein air sur des sujets très peu traités dans la vie courante.

Retour vers les voitures, après une descente en courant car je me suis encore attardé pour parler (une vraie pipelette). Retour dans la voiture du rire, qui se transforme en voiture de la culture, avec les informations que chacun se donne – pourquoi on dit quatre-vingts, pourquoi ci, pourquoi çà, et patati et patata. La route du retour est guidée par un magnifique coucher de soleil, les corps sont endoloris et surtout des crampes mais les esprits sont au maximum. Personne ne va se coucher de bonne heure, c’est sûr et certain.

Il est près de 18h00 quand nous revenons. La douche s’impose en premier lieu. Pas besoin de se battre, il y a assez de salle de bains et chacun a la choix de se laver tout de suite ou non. J’y vais direct. Les boissons sont servis ainsi que les premiers en-cas, les estomacs commençaient à crier famine. Pendant que les uns se lavent ou mangent, d’autres préparent le dîner du soir. Au menu, crudités en entrée, tartiflette avec ou sans lardons pour les végétariens, salade de fruits en dessert. Pour les carottes, c’est Bibi qui s’y attelle, les douleurs dues au travail de l’après-midi se ressentent dans les bras de ces demoiselles et dames. On va manger.

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Mon dieu, que c’est beau !

Dans le bruit, résonnant dans cette grande salle à manger, issu des rires et des discussions enflammées, nous dégustons nos plats. Les débats s’enchaînent, les sujets épars,  les « passe-moi le sel » ou « donne-moi du rouge » débarquent, les astuces culinaires ou beauté passent de part et d’autre de la table. De la musique se fait même entendre.

Le repas dans l’estomac, chacun choisit son activité : papoter, jouer au baby-foot, lire un bouquin… On apprend même à faire de l’escrime pour tout vous dire. Mais le corps a toujours raison et la fatigue se ressent, il est l’heure d’aller se coucher – il est déjà 01h45 et le nettoyage de la plage de Tardinghen est prévu à 09h30. Bon, je sais que je vais me réveiller assez tôt car ce n’est pas mon lit ! Mais j’ai quand même pris mon oreiller.

Je m’endors dans le concert de ronflements, une symphonie rigolote de sons gutturaux émis par des hommes et des femmes dont les rêves doivent être ponctués de coups de cisailles et de faux.

Voilà pour le premier jour du Week-End Nature. Pour le dimanche, je vous le relaterai d’ici peu et je vous assure, il sera plus court – je l’espère, du moins !

Merci de m’avoir lu ! 

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