L’extraction du sable de nos côtes, un problème écologique déjà dévastateur

27 fév

Bonjour à tous et à toutes !

Le sable kesako

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Dans les articles sur les opérations de nettoyage avec l’association Nature Libre, vous pouvez voir des photos des plages magnifiques de la Côte-d’Opale. Nous entendons souvent parler de l’érosion de notre front de mer, suite à la montée des eaux – conséquence de la dilatation de la masse océanique, issue du réchauffement climatique. Mais une autre raison contribue à cette dégradation : l’exploitation du sable côtier et de rivière pour l’industrie.

Aujourd’hui, la demande en sable explose dans le monde : les pays émergents ont des projets gigantesques de construction de villes (même si certaines villes géantes sont littéralement vides comme en Chine) pour pouvoir intégrer les nouveaux habitants de plus en plus nombreux, des projets de méga-tours inutiles pour montrer la richesse du pays demandeur, la production de panneaux photo-voltaïques en croissance exponentielle, du verre partout,… Tourisme, démographie, industrie : des facteurs qui explique les intérêts des grands groupes de construction et du secteur primaire. Entre 15 et 60 milliards de tonnes de sable sont ainsi utilisées par an (2).

La demande est tellement importante que le sable de rivière, plus recherché car les aspérités des grains sont plus adaptées aux exigences de solidité de construction (auto-blocage des grains qui assure la dureté/solidité du béton ou du verre) (3), devient rare. Comme pour le pétrole, il faut des millions d’années pour avoir une couche exploitable (issue des rivières, mais les barrages bloquent le cercle de production). Mais la consommation augmentant et les ressources limitées, il n’est plus possible de récupérer ce fameux sable sans passer par la case de la sur-exploitation. Déjà l’exploitation a des conséquences néfastes sur l’environnement, la sur-exploitation en a encore plus.

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La plage de Tardinghen, en sursis ?

Pour faire face à la consommation mondiale croissante, les industries se sont tournées vers le sable maritime. Pourquoi pas le sable du désert qui semble plus facile à extraire, les immenses dunes du Sahara et de l’Atacama fournissant une quantité énorme ? Précédemment, nous avons vu qu’un béton ou un ciment devait avoir des grains de sable avec des aspérités pour s’accrocher entre elles. Or, les grains de sable de désert, toujours en mouvement et subissant beaucoup de frictions, deviennent lisse, ce qui ne permet pas d’avoir les caractéristiques nécessaires voulues pour l’industrie.

Le sable maritime subit également des frictions mais moindres, laissant assez de structures d’accroche pour assurer la stabilité du béton. La qualité n’est pas celle du sable habituellement usité mais elle convient malgré tout aux principales industries citées plus haut. D’où les demandes de plus en plus nombreuses de permis d’exploitation dans des zones côtières, sur tous les continents.

Malheureusement, peu de gens prennent conscience du désastre écologique que provoque l’exploitation de cette or ocre, les extractions sauvages sont monnaie courante et la prise en compte de l’impact sur l’environnement négligée. Des îles indonésiennes ont totalement disparues après avoir extrait les sédiments sableux, ceux-là formant auparavant une barrière contre les vagues et luttant ainsi contre la submersion marine (4). Court-terme contre long-terme : le combat économique est aujourd’hui axé sur le premier principe et les espaces côtiers en ressentent les effets. Car la valorisation des sédiments de rivière ou de ports – comme pour le projet de la COVASED – n’est pas assez développée pour assurer les besoins de construction.

L'extraction du sable de nos côtes, un problème écologique déjà dévastateur dans Articles sable_roul_alluvionnaire_jaune_sahara_bgo_secam

Sable granulat (Source BGO&SECAM)

Des villes luttent contre des projets d’exploitation de sable côtier, par exemple en face de Royan, au lieu dit « Le Matelier », dans une zone protégée écologique. . Des pays ont interdit l’exportation du sable local (Indonésie, Thailande, Malaisie). D’autres ont pris des mesures pour limiter les exploitations frauduleuses. Mais les cartels et l’exploitation sauvage pour exporter vers des pays consommateurs tels les pays du Golfe – paradoxal quand on connaît la quantité de sable, impossible à utiliser car désertique, composant leurs terres – ou des pays émergents comme Singapour, la Chine, le Maroc. Les interdictions ont fait monter les prix et les réseaux mafieux en tirent des revenus colossaux car le marché pèse dans les 70 milliards de dollars (5).

Ainsi, si nous faisons rien, il n’existera plus aucune plage, plus aucune. Plus des trois-quarts d’entre elles sont menacées de submersion. Vous ne pourrez plus voir les plages des Seychelles, de Floride ou de la Côte d’Opale. Et le sujet n’a pas été débattu durant la COP 21 puisque ce sujet est très flou pour les politiciens et les économistes, puisque cette ressource souffre de deux maux : être disponible facilement et en grande quantité – il y a autant de grains de sable sur Terre que d’étoiles dans l’Univers entier. Et les espaces côtiers sableux cachent des écosystèmes parfois rares et fragiles qui disparaîtront si nous ne faisons rien, et c’est malheureusement le cas actuellement.

Merci de m’avoir lu !

(1) http://www.espace-sciences.org/sciences-ouest/289/dossier/le-sable-etale-sa-science

(2) http://www.lesechos.fr/paris-climat-2015/actualites/021683351613-la-guerre-mondiale-du-sable-est-declaree-1202483.php#inscription

(3) http://doc.lerm.fr/le-sable-pour-la-construction/

(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sable

(5) http://download.pro.arte.tv/uploads/Le-sable-enquete-sur-une-disparition.pdf

2 Réponses à “L’extraction du sable de nos côtes, un problème écologique déjà dévastateur”

  1. Aude 14 avril 2016 à 11 h 12 min #

    Bonjour,

    Je suis journaliste indépendante. J’aimerais savoir dans quelle mesure cette problématique touche la Côte d’opale? Le Nord-Pas-de-Calais est-il plus concerné que d’autres régions par cette disparition ? N’hésitez pas à me répondre par mail.

    Cordialement,

    Aude

    • Jean-Baptiste 18 avril 2016 à 10 h 17 min #

      Bonjour Aude,

      Je ne sais pas si vous avez recu mon mail sur le sujet. Si ce n’est pas le cas, je peux vous répondre directement sur le site ou par téléphone.

      Cordialement

      Jean-Baptiste

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